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Quelques mots sur la démarche photographique

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10
noviembre 2015

Voici un résumé des échanges du Groupe de Réflexion le 24 janvier 2015 à propos de la démarche photographique :

Antoine Chaudet (responsable de la photographie pour le projet de l’Encyclopédie) et Bertrand Cousseau (photographe, auteur des photographies pour le projet Partir) ont présenté la démarche photographique telle qu’ils l’ont imaginée pour l’Encyclopédie.

Les photographes « rencontrent » les migrants qui témoignent dans la même posture que les personnes contact ; ils s’intéressent à eux, lisent la lettre ensemble si elle est déjà écrite. Les portraits dans l’Encyclopédie devront être le résultat d’un dialogue, d’un travail commun entre la personne migrante et le photographe. Contrairement à ce qui peut se faire dans une séance de portrait classique, il sera demandé au photographe d’être attentif à mettre son savoir-faire et sa créativité au service du témoin et d’envisager la réalisation de la photographie de manière commune.

Cette co-construction permet notamment plusieurs lectures possibles du portrait. La première a un caractère public : la photo donne à voir publiquement l’auteur de la lettre. La deuxième lecture est le sens que cette photographie a pour le migrant, la signification de la manière dont il ou elle a voulu se montrer. Des significations qui sont seulement suggérées.

Les portraits de l’Encyclopédie seront donc à mi-chemin entre la photographie documentaire (montrer le portrait de la personne qui témoigne) et la photographie plasticienne, travaillant la mise en scène. Un équilibre à trouver, donc.

PA : Les photos vont nous montrer une réalité, celle que la personne veut nous soumettre.

Les échanges ont porté sur différentes questions, comme celle de l’effet que ça peut faire d’être photographié.

AT : A priori nous sommes tous réticents à l’idée de se faire prendre en photo d’autant plus si le portrait est publié. C’est pour ça qu’il faut, par la discussion, dédramatiser le portrait et accompagner la personne pour qu’elle porte publiquement son témoignage par le biais de la photographie.
ER : Quand Paloma m’a proposé de participer au projet Partir… je me suis dit au début pourquoi pas ? Mais après je me suis posé des questions. Témoigner par une lettre et par une photo… jusqu’où je peux aller ? J’ai d’abord senti le besoin de me protéger. Ce n’était pas facile, mais au final ça a été très positif pour moi. Le témoignage que j’ai donné, ce n’est plus tout à fait moi. Ça m’a vidé, ça m’a aidé à aller plus loin.
JO : Donc participer au projet peut aider dans son chemin, il y a un changement, une évolution. C’est important de savoir comment les participants ont vécu le projet.
PA : Oui, c’est pour ça que nous pensons dès le début à l’évaluation qualitative du projet.
JO : Mais ça serait intéressant d’aller plus loin, de continuer avec la vraie vie.
CÉ : C’est vrai que l’Encyclopédie va avoir un côté figé, caduque. Cela peut être une limite de l’Encyclopédie, mais la question est : comment on la fait vivre une fois finie ?
PA : C’est la question de la « vie de l’Encyclopédie » : nous voulons que plein d’autres projets en découlent, à partir de vous, qui connaissez bien le projet en participant au Groupe de réflexion.

De nouveau, la question de la possibilité ou non des exceptions a créé du débat :

AT : Quand on parle du portrait, nous pensons à des photos où l’on voit les visages. Si l’on fait le lien avec la question de l’anonymat (dont nous débattions ce matin), cela peut poser problème dans certaines situations : mise en danger de la personne si elle est reconnue, dismorphie importante, convictions religieuses. Nous pourrions trouver des moyens de ne pas montrer le visage, mais l’exception ne peut pas devenir la règle, nous ne pouvons pas nous retrouver avec des dizaines de photos de mains ou de dos…
PA : C’est clair qu’il y aura des exceptions à cette règle, comme ça a déjà été le cas dans nos projets précédents, mais je suis d’avis qu’il ne faut pas l’annoncer aux photographes partenaires. On dira : « pas d’exceptions » pour éviter de nous retrouver avec trop d’exceptions.
CÉ : Mais cela peut nous mener à ce que la personne contact se limite elle-même dans la quête de témoignages.
JO : C’est vrai qu’il faut un cadre formel. La question est de voir quelles situations donnent lieu à des dérogations. Même au niveau esthétique, des portraits différents peuvent être révélateurs des différents mondes, de ces mondes parallèles.
ER : On peut trouver d’autres formes : la peinture, le dessin, un portrait écrit…
PA : Cela serait trop compliqué. Pour Partir… nous avions mis un cadre vide.
CH : Des photos, des objets…
AT : Oui, par exemple… Je ne m’inquiète pas de la créativité des photographes mais plus de la cohérence dans le projet.
PA : Nous allons devoir mener un travail parallèle dans un groupe avec certains d’entre vous, qui connaissez la question.

L’après-midi s’est conclue par un atelier photographique. Les participants ont été invités à reproduire des scènes issues d’un tableau peint par Jean Béraud en 1889 à l’occasion du centenaire du Journal des débats politiques et littéraires : La salle de rédaction du Journal des débats. L’équipe de rédaction de l’époque, composée d’une quarantaine de journalistes, pose par petits groupes. Par analogie, la quarantaine de personnes participant au Groupe de réflexion ont proposé une version actualisée du comité de rédaction.